Dans mon chaudron de sorcière bouillonnent
Dix-mille essences délétères
Oeil de perdrix, oeil de vipère
Pierre d’agate, ongles de sirène
Et quelques ombres plus austères
Dans la nuit épaisse et brouillonne
Drapée de pourpre et de vigogne
Je touille, je remue, je frissonne
J’éviscère, j’étête sans vergogne
Quelques chimères bien polissonnes
De ce brouet épais et noir
Où nagent tels des suspensoirs
Des ectoplasmes victorieux
Captant les ondes triomphantes
Je moule de mes paumes fébriles
La pierre qui ne ressemble à rien
Mais me fera renaître enfin
Phénix orgueilleux et comblé
Trônant au-dessus des nuées
Chaque matin me voit hélas
Echevelée, hâve et tenace
Et un plus usée que la veille
Cherchant alors dans le sommeil
Le rêve que je n’ai pas trouvé !